Éditorial Entreprise · Tribune internationale

Sans sécurité énergétique, pas de compétitivité économique

Par Juan Reyes Rodríguez Édition bilingue · FR / ES
Juan Reyes Rodríguez, économiste institutionnel colombien

Juan Reyes Rodríguez, économiste institutionnel colombien.

L'économiste institutionnel colombien Juan Reyes Rodríguez alerte sur les dérives du débat actuel autour de la transition énergétique en Colombie. Selon lui, traiter l'énergie comme une simple question environnementale, au détriment de la compétitivité, de l'investissement et de l'emploi, constitue une erreur stratégique majeure. Plaidant pour une approche pragmatique, l'auteur démontre qu'aucun pays ne peut se développer en éteignant ses sources d'énergie existantes avant d'avoir consolidé des alternatives fiables. Il appelle à une politique de sécurité économique, fondée sur la stabilité réglementaire et une diversification progressive, condition sine qua non pour préserver la capacité de croissance du pays dans un environnement mondial de plus en plus exigeant.

Tribune de Juan Reyes Rodríguez

Aucun pays ne s'est développé en éteignant les sources d'énergie qui soutiennent sa croissance avant d'avoir construit des alternatives capables de les remplacer. Pourtant, une grande partie du débat colombien sur la transition énergétique semble partir précisément de cette prémisse. On y discute de l'énergie comme s'il s'agissait uniquement d'une question environnementale, alors qu'en réalité, c'est aussi un problème de compétitivité, d'investissement, d'emploi et de stabilité économique.

L'énergie n'est pas un secteur comme un autre au sein de l'économie. C'est la condition de base pour que fonctionnent l'industrie, le commerce, les transports, les foyers et une grande partie de l'activité productive. Pour cette raison, un pays peut avoir de grandes aspirations en matière de durabilité, mais s'il ne garantit pas un approvisionnement suffisant, fiable et compétitif, il finit par affaiblir sa capacité à croître et à générer du bien-être.

Le problème colombien ne réside pas dans la volonté d'avoir une économie plus propre. Cet objectif est légitime et nécessaire. Le problème survient lorsque la transition est envisagée comme une substitution accélérée des sources existantes, sans que des alternatives capables d'offrir la même fiabilité n'aient été préalablement consolidées. La compétitivité systémique exige des infrastructures, une stabilité macroéconomique, un accès au financement, des règles claires et une diversification économique. La politique énergétique impacte simultanément tous ces facteurs.

Lorsqu'un pays transmet de l'incertitude concernant l'exploration, la génération, la transmission, les licences ou la réglementation, les investisseurs réagissent de manière prévisible : ils perçoivent un risque accru. Et lorsque le risque augmente, le coût du capital augmente également. Avec un financement plus coûteux, les investissements se réduisent, les projets sont retardés et l'expansion des infrastructures nécessaires pour soutenir la croissance économique est limitée. Ce qui commence comme une discussion réglementaire finit par se transformer en un débat sur la compétitivité nationale.

La cause profonde est institutionnelle. La Colombie a fréquemment transformé la politique énergétique en une confrontation idéologique entre combustibles fossiles et énergies renouvelables, alors qu'elle devrait la concevoir comme une politique de sécurité économique.

Il ne s'agit pas de choisir des gagnants et des perdants. Il s'agit de construire un mix énergétique équilibré qui combine durabilité, fiabilité, prix raisonnables et stabilité fiscale.

La solution ne consiste pas à freiner la transition, mais à la rendre viable. Cela exige une stabilité réglementaire, une planification à long terme, des signaux clairs pour l'investissement et une diversification progressive qui ne détruise pas prématurément les activités qui apportent encore des recettes fiscales, des devises et un soutien au système énergétique. Cela requiert également une coordination efficace entre l'État, les entreprises et les territoires pour éviter que l'incertitude ne finisse par se substituer à l'investissement.

La compétitivité ne se décrète pas. Elle se construit. Et toute construction économique durable commence par la garantie de l'énergie qui la rend possible. La Colombie a besoin d'une transition énergétique réussie, mais surtout d'une transition qui préserve la capacité du pays à croître, à investir et à être compétitif dans un environnement de plus en plus exigeant.

Version originale en espagnol

Versión original en español

Sin seguridad energética no hay competitividad económica

El economista institucional colombiano Juan Reyes Rodríguez alerta sobre las derivas del debate actual en torno a la transición energética en Colombia. Según él, tratar la energía como una simple cuestión ambiental, en detrimento de la competitividad, la inversión y el empleo, constituye un error estratégico de gran magnitud. Defensor de un enfoque pragmático, el autor demuestra que ningún país puede desarrollarse apagando sus fuentes de energía existentes antes de haber consolidado alternativas fiables. Asimismo, hace un llamado a una política de seguridad económica basada en la estabilidad regulatoria y una diversificación progresiva, condición indispensable para preservar la capacidad de crecimiento del país en un entorno global cada vez más exigente.

Tribuna de Juan Reyes Rodríguez

Ningún país se ha desarrollado apagando las fuentes de energía que sostienen su crecimiento antes de construir alternativas capaces de reemplazarlas. Sin embargo, buena parte del debate colombiano sobre transición energética parece partir precisamente de esa premisa. Se discute la energía como si fuera únicamente una cuestión ambiental, cuando en realidad también es un problema de competitividad, inversión, empleo y estabilidad económica.

La energía no es un sector más dentro de la economía. Es la condición básica para que funcionen la industria, el comercio, el transporte, los hogares y buena parte de la actividad productiva. Por esa razón, un país puede tener grandes aspiraciones en materia de sostenibilidad, pero si no garantiza un suministro suficiente, confiable y competitivo, termina debilitando su capacidad de crecer y generar bienestar.

El problema colombiano no está en querer una economía más limpia. Ese objetivo es legítimo y necesario. El problema surge cuando la transición se plantea como una sustitución acelerada de las fuentes existentes sin que previamente se hayan consolidado alternativas capaces de ofrecer la misma confiabilidad. La competitividad sistémica exige infraestructura, estabilidad macroeconómica, acceso a financiamiento, reglas claras y diversificación económica. La política energética afecta simultáneamente todos esos factores.

Cuando un país transmite incertidumbre sobre exploración, generación, transmisión, licencias o regulación, los inversionistas reaccionan de manera predecible: perciben un mayor riesgo. Y cuando aumenta el riesgo, también aumenta el costo del capital. Con un financiamiento más costoso, se reducen las inversiones, se retrasan los proyectos y se limita la expansión de la infraestructura necesaria para sostener el crecimiento económico. Lo que comienza como una discusión regulatoria termina convirtiéndose en un debate sobre la competitividad nacional.

La causa de fondo es institucional. Colombia ha convertido con frecuencia la política energética en una confrontación ideológica entre combustibles fósiles y energías renovables, cuando debería entenderla como una política de seguridad económica.

No se trata de escoger ganadores y perdedores. Se trata de construir una matriz energética equilibrada que combine sostenibilidad, confiabilidad, precios razonables y estabilidad fiscal.

La solución no pasa por frenar la transición, sino por hacerla viable. Esto exige estabilidad regulatoria, planificación de largo plazo, señales claras para la inversión y una diversificación progresiva que no destruya prematuramente las actividades que todavía aportan ingresos fiscales, divisas y respaldo al sistema energético. También requiere una coordinación efectiva entre el Estado, las empresas y los territorios para evitar que la incertidumbre termine sustituyendo a la inversión.

La competitividad no se decreta. Se construye. Y toda construcción económica sostenible comienza por garantizar la energía que la hace posible. Colombia necesita una transición energética exitosa, pero sobre todo necesita una transición que preserve la capacidad del país para crecer, invertir y competir en un entorno cada vez más exigente.

Julien Laurenceau Porte
Tribune réalisée par Julien Laurenceau Porte Fondateur de JLP Décryptage · À propos du site →
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